Les visages écrasés: le roman choc de Marin Ledun

5 janvier 2018

policier/thriller

 

" Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d'équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agence ou partis par la petite porte. (...) L'infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition. La paie, amputée des arrêts maladie, et des primes au mérite qui ne tombent plus. Les objectifs inatteignables.  Les larmes qui montent aux yeux à tout moment, forçant à tourner la tête pour se cacher, comme un enfant qui aurait honte d'avoir peur. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul. Mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue.  La peur et l'absence de mots pour la dire. Le problème, c'est l'organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi.  Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m'a tout raconté. C'est mon métier, je suis médecin du travail. Écouter, ausculter, vacciner, notifier, faire remonter des statistiques anonymes auprès de la direction. Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le traitement adéquat.

 » Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction.
La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agence ou partis par la petite porte. (…)
L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition. La paie, amputée des arrêts maladie, et des primes au mérite qui ne tombent plus. Les objectifs inatteignables.
Les larmes qui montent aux yeux à tout moment, forçant à tourner la tête pour se cacher, comme un enfant qui aurait honte d’avoir peur.
Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul. Mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue.
La peur et l’absence de mots pour la dire. Le problème, c’est l’organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi.
Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m’a tout raconté. C’est mon métier, je suis médecin du travail. Écouter, ausculter, vacciner, notifier, faire remonter des statistiques anonymes auprès de la direction. Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le traitement adéquat.

Je découvre Marin Ledun avec ce roman. Et je me suis prise une vraie claque! Tout d’abord parce que ce roman policier traite d’un sujet difficile: le harcèlement au travail. Ici il est question de burn-out, de salariés écrasés sous le poids d’une hiérachie déshumanisée qui joue sur la peur. Vous savez, cette peur de perdre son emploi, celle qui vous fait continuer coûte que coûte chaque jour parce qu’aujourd’hui le travail ça ne court pas les rues…Voilà ce dont Marin Ledun nous parle, à travers le regard de Carole Matthieu, médecin du travail dans cette formidable entreprise de téléphonie qui propose des forfaits internet , des offres commerciales à tout va. Carole Matthieu est le réceptacle de cette souffrance au quotidien. Elle écoute, reçoit, écrit les histoires de ces salariés, des tentatives de suicide aux agressions entre eux. Elle est au coeur de ce système, elle se sent impuissante. Elle en fait partie et ne peut s’en extraire. Alors, elle aussi, elle souffre. Et c’est portée par cette douleur qu’elle va se transformer en ange de la mort. Victime de la folie ambiante, engluée dans la sienne, on assiste à son naufrage vertigineux. Nous aussi, on a envie que tout s’arrête mais comment faire? La force de Marin Ledun est de nous entraîner dans cette spirale. le lecteur est happé, un peu comme les pilules magiques que Carole Matthieu avale comme des smarties. Quelle issue peut-il y avoir d’autre que la mort? Cette dernière est partout, elle rôde, attaque, séduit…Elle devient le seul espoir de paix.
L’autre point fort de ce roman est la façon dont Marin Ledun traite ce sujet. Là où certains se seraient engouffrés dans une vision très manichéenne, l’auteur échappe à cette facilité. Les victimes sont elles aussi les bourreaux des autres. L’histoire est vécue différemment par chacun d’eux et pourtant ils souffrent tous, c’est là leur seul point commun. Carole Matthieu a toutes les pièces du puzzle devant elles, autant de versions que d’hommes, mais cela ne l’aide pas à y voir plus clair pour autant. Parce qu’au final, tout est question de système. Un système qui broie, dont chaque salarié est à la fois l’auteur et la victime, un marasme de peur et de violence, le règne de l’individualité au détriment de l’individu.
Malgré le sujet difficile, ce roman est d’une grande justesse et offre un moment de lecture de qualité. Il fera mémoire pour ma part.

A qui conseiller ce livre? A tous ceux qui n’ont pas peur d’un vrai sujet d’actualité, à ceux qui pensent que chacun peut basculer, à ceux qui affectionnent le roman noir sans complaisance mais avec beaucoup de justesse.

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