deux soeurs

 

L’histoire : Mathilde, la trentaine, forme avec Etienne un couple heureux. Elle est professeure de français dans un lycée. Elle adore son métier et ses élèves – à qui elle communique sa passion pour Flaubert et en particulier pour L’éducation sentimentale. Lors de leur dernier voyage en Croatie, Etienne lui a proposé de l’épouser et de fonder une famille. Mais peu de temps après leur retour, Etienne change d’attitude. Il est distant, gêné. Pressé de questions, il avoue qu’il a revu son ancienne compagne, Iris, et que cette rencontre l’a bouleversé. Etienne a compris que sa vie devait s’accomplir avec elle. L’univers de Mathilde s’effondre. En proie à une douleur inouïe, elle s’aperçoit que toute sa vie tournait autour de l’homme qui l’a quittée. Malgré le soutien d’une voisine psychiatre ou du proviseur du lycée qui l’apprécie beaucoup (et sans doute un peu plus), elle sombre et finit par être mise à pied. Sa sœur Agathe la recueille dans le petit appartement qu’elle occupe avec son mari Frédéric et leur fille Lili. La relation entre les deux sœurs se redéfinit dans cette cohabitation de plus en plus éprouvante. De nouveaux liens se tissent peu à peu au sein de ce huis-clos familial où chacun peine de plus en plus à trouver l’équilibre. Il suffirait d’un rien pour que tout bascule… 

Mon avis : Peut-être y-a-t-il des souvenirs d’enfance qui attendent toute une vie pour remonter à la surface et détruire tout sur leur passage ?
Mathilde et Agathe ont été marqués par la disparition précoce de leur père puis le long déclin de leur mère. Pourtant, elles ont réussi à se construire une vie qui leur convient. Agathe est mariée à Frédéric et a une petite fille Lily. Mathilde de son côté est folle amoureuse d’Etienne , ils vivent ensemble et le mariage est évoqué. Et cerise sur le gâteau, cette dernière exerce un métier qu’elle adore : professeur de français. On peut dire que ces deux-là sont de bons exemples de résilience.
Mais voilà que tout explose. Un soir, Etienne quitte Mathilde. Il retourne avec son ex petite amie Iris. La descente aux enfers commence pour Mathilde. Plongée dans un désespoir sans nom, elle sombre dans la dépression et perd peu à peu tout ce qui la retenait encore à la vie. Le cruel abandon en rappelle peut-être un autre ou du moins le réveille.
Agathe décide alors d’accueillir sa soeur chez elle. le lecteur assiste alors à la transformation progressive de la douce Mathilde en un monstre d’égoïsme et surtout aux pensées quasi-paranoïaques. Il y a , à ce moment-là, comme un air de « Chanson douce » de Leila Slimani.Le huis-clos devient étouffant, on devine que rien ne peut sortir de bon de toute cette promiscuité et de ces non-dit. Et pourtant, la fin m’a quand même happée…Je sais que certains lecteurs ont pu éprouver un peu de déception avec ce dernier Foenkinos, différent des autres il est vrai.
Pour ma part, ce que j’ai aimé c’est cette mise en abîme de la souffrance. Le traumatisme bien enfoui se dévoile au fur et à mesure, comme dans un cruel jeu de poupées russes. Quand un abandon est réveillé par un autre, on découvre que le travail de deuil n’est pas fait et que le désespoir peut parfois confiner à la folie.
« Deux sœurs » n’a pas la magie de « Vers la beauté » ni l’intensité de « Charlotte » mais il s’inscrit comme une oeuvre à part dans l’aventure littéraire de David Foenkinos et en ce sens il mérite qu’on s’y attarde.

A qui conseiller ce livre ? Aux amateurs de Foenkinos, à ceux qui aiment les histoires sombres. A ceux qui n’ont pas lu « Chanson douce » parce qu’ils craignaient le sujet, ce livre est un bon compromis (et après lisez « Chanson Douce » ;-) ).

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